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Quand consulter pour son rapport à l’alimentation ?
Manger sans avoir faim. Chercher du réconfort dans la nourriture. Avoir envie de sucre après une journée difficile. Manger davantage lors d’un repas entre amis. Traverser une période pendant laquelle son alimentation est moins équilibrée qu’on le souhaiterait.
Aucun de ces comportements ne suffit, à lui seul, à définir une difficulté nécessitant un accompagnement.
Depuis le début de cette série, nous avons justement essayé de sortir d’une vision dans laquelle chaque prise alimentaire devrait répondre parfaitement à la faim, chaque repas respecter des règles précises et chaque écart signaler un problème à corriger.
Manger répond à bien d’autres choses qu’à un besoin énergétique.
Alors, si manger sous le coup d’une émotion n’est pas en soi un problème, si une envie alimentaire n’est pas nécessairement une compulsion et si le plaisir fait pleinement partie de notre alimentation, une question reste essentielle : à quel moment notre rapport à l’alimentation devient-il suffisamment difficile, envahissant ou douloureux pour demander de l’aide ?
📌 Ce n’est pas seulement ce que l’on mange qui permet de répondre à cette question. C’est aussi la place que l’alimentation occupe dans notre vie, la liberté qu’elle nous laisse et la souffrance qu’elle génère.
Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne grave
On imagine facilement qu’il faut avoir totalement perdu le contrôle de son alimentation, présenter un trouble du comportement alimentaire ou connaître des conséquences importantes sur sa santé pour être légitime à consulter.
Ce n’est pas le cas.
Un accompagnement peut commencer bien avant : lorsque l’on réalise que l’alimentation occupe beaucoup de place dans ses pensées, que les décisions autour des repas deviennent fatigantes, que l’on alterne régulièrement entre contrôle et craquage, que certaines émotions conduisent presque systématiquement vers la nourriture, que les épisodes compulsifs se répètent ou que le regard porté sur son corps devient une source importante de souffrance.
💡 Il n’existe pas de niveau minimal de souffrance à atteindre avant d’avoir le droit de demander de l’aide.
Consulter ne signifie pas nécessairement que l’on présente un trouble. Cela signifie d’abord que quelque chose dans son rapport à l’alimentation mérite d’être regardé autrement.
Quand l’alimentation prend beaucoup de place dans les pensées
L’un des premiers repères concerne la place mentale occupée par l’alimentation. Penser à ce que l’on va manger est parfaitement normal. Anticiper un bon repas, réfléchir aux courses ou avoir envie d’un aliment particulier fait partie de la vie quotidienne.
La difficulté apparaît lorsque ces pensées deviennent envahissantes.
💬 « Qu’est-ce que j’ai le droit de manger ce soir ? »
💬 « Est-ce que j’ai trop mangé à midi ? »
💬 « Il faut que je fasse attention demain. »
💬 « Pourquoi est-ce que j’ai encore envie de manger ? »
💬 « Combien de calories ai-je mangées aujourd’hui ? »
Une part importante de l’attention est alors mobilisée par la nourriture, le poids, les décisions alimentaires ou la nécessité de compenser ce que l’on estime avoir trop mangé.
📌 Lorsque manger demande en permanence de calculer, anticiper, négocier, résister ou réparer, ce n’est plus seulement le contenu de l’assiette qui mérite d’être observé : c’est la charge mentale qui l’accompagne.
Quand on a l’impression de perdre progressivement sa liberté de choisir
Dans les articles précédents, nous avons distingué une envie, une alimentation émotionnelle et une compulsion. Cette distinction permet aussi d’observer une autre dimension : la liberté ressentie face au comportement.
Est-ce que je mange parce que je le choisis ? Ou est-ce que j’ai régulièrement l’impression que quelque chose s’enclenche et que je n’arrive plus à interrompre la séquence ?
À l’inverse, suis-je encore libre de manger ce dont j’ai envie ou mon alimentation est-elle devenue tellement contrôlée que certains aliments me paraissent désormais interdits ?
La perte de liberté existe dans les deux directions. Elle se retrouve dans le sentiment :
💬 « Je ne peux pas m’empêcher de manger. »
mais également dans :
💬 « Je ne peux surtout pas me permettre de manger ça. »
💡 Un rapport difficile à l’alimentation ne se manifeste pas uniquement par une perte de contrôle. Un contrôle devenu rigide réduit lui aussi la liberté alimentaire.
Quand manger déclenche régulièrement culpabilité ou honte
Nous l’avons vu avec le cercle contrôle–craquage–culpabilité et avec l’image corporelle : la souffrance ne se situe pas uniquement au moment où l’on mange. Elle apparaît aussi dans ce qui se passe ensuite.
Regretter occasionnellement d’avoir trop mangé lors d’un repas particulièrement copieux n’a rien d’exceptionnel. En revanche, lorsque manger déclenche régulièrement des reproches, un sentiment d’échec ou un jugement très dur envers soi-même, quelque chose d’autre se joue.
La culpabilité concerne alors le comportement :
💬 « Je n’aurais pas dû manger ça. »
Et elle peut rejoindre la honte :
💬 « Je suis incapable de me contrôler. »
Le comportement alimentaire devient alors une manière de mesurer sa valeur, sa volonté ou sa capacité à prendre soin de soi.
📌 Lorsque ce que l’on mange modifie régulièrement la manière dont on se juge en tant que personne, la souffrance dépasse largement la question alimentaire.
Quand le rapport au corps modifie la manière de vivre
Le rapport à l’alimentation et le rapport au corps sont étroitement liés. La difficulté prend une autre dimension lorsque le regard porté sur son corps commence à déterminer ce que l’on s’autorise à faire.
Refuser une invitation parce que l’on ne veut pas être vu. Éviter une photographie. Renoncer à la piscine. Ne plus porter certains vêtements. Se regarder constamment dans le miroir ou, au contraire, l’éviter. Imaginer en permanence ce que les autres pensent de son apparence.
Le corps prend alors une place qui dépasse largement la question esthétique. Il influence les relations, les loisirs, la sexualité, la vie sociale ou la manière d’occuper l’espace.
💡 Le retentissement constitue ici encore un repère essentiel : lorsque le rapport au corps commence à réduire la vie, il mérite d’être pris en compte.
Quand la nourriture devient la réponse principale à ce que l’on ressent
Nous l’avons vu dès le premier article de cette série : manger possède une fonction émotionnelle. La nourriture réconforte. Elle procure du plaisir. Elle accompagne les moments heureux. Elle apaise. Elle permet aussi de créer une pause ou de détourner momentanément l’attention d’une expérience désagréable.
La difficulté apparaît lorsque cette réponse devient la réponse privilégiée, voire la seule réponse disponible, face à certains états intérieurs.
Stress → manger
Ennui → manger
Solitude → manger
Colère → manger
Fatigue → manger
Le problème n’est donc pas que la nourriture ait une fonction de réconfort. Il apparaît lorsque la palette des réponses disponibles se réduit.
L’accompagnement vise alors moins à supprimer cette fonction qu’à comprendre ce qui la déclenche et à permettre que d’autres possibilités deviennent accessibles.
Quand on ne sait plus vraiment ce que l’on ressent
Certains lecteurs se seront peut-être reconnus davantage dans l’article consacré à l’interoception.
💬 « Est-ce que j’ai faim ? Je ne sais pas. »
💬 « Est-ce que je suis rassasié ? Je ne sais pas non plus. »
💬 « Qu’est-ce que je ressens avant de manger ? Aucune idée. »
Après des années de régimes, de règles alimentaires, de contrôle, de prises alimentaires automatiques ou simplement d’attention portée à autre chose, les repères corporels peuvent être devenus difficiles à identifier.
Cela constitue également un axe de travail. Il ne s’agit pas d’apprendre une nouvelle série de règles censées remplacer les précédentes, mais de retrouver progressivement un dialogue avec ses propres sensations.
C’est notamment le sens de l’exercice d’auto-hypnose consacré à la faim et au rassasiement que nous avons proposé dans cette série.
📝 Faire le point sans chercher à se diagnostiquer
Il n’est pas toujours facile de savoir ce qui, dans son rapport à l’alimentation, mérite réellement de l’attention. Certaines difficultés sont évidentes ; d’autres se sont installées progressivement et sont devenues tellement familières qu’elles passent presque inaperçues.
C’est dans cette intention qu’a été conçu le questionnaire « Faire le point sur mon rapport à l’alimentation ».
Il propose, en quelques minutes, d’observer plusieurs dimensions abordées dans cette série : la perception de la faim et du rassasiement, les émotions associées aux envies de manger, certains automatismes, le contrôle et la culpabilité, les épisodes difficiles à interrompre, le regard porté sur son corps et la place que l’alimentation occupe dans la vie quotidienne.
📌 Ce questionnaire n’a pas vocation à poser un diagnostic. Il permet simplement de rendre plus visibles certains repères et d’identifier les aspects de votre rapport à l’alimentation qui retiennent aujourd’hui votre attention.
Il se termine par le SCOFF-F, un outil bref de repérage des troubles des conduites alimentaires. Celui-ci ne permet pas non plus d’établir un diagnostic, mais certaines réponses peuvent inviter à demander un avis médical ou spécialisé.
Faire le point sur mon rapport à l’alimentation
Questionnaire d’auto-observation — environ 5 à 10 minutes
Quel professionnel consulter ?
Toutes les difficultés alimentaires ne nécessitent pas le même type d’accompagnement.
Lorsque des comportements alimentaires ont un retentissement important, qu’une perte ou une prise de poids est préoccupante, que des comportements compensatoires existent, que l’état physique se dégrade ou qu’un trouble du comportement alimentaire est suspecté, une évaluation médicale et une prise en charge adaptée sont essentielles.
Selon la situation, plusieurs professionnels interviennent de manière complémentaire : médecin traitant, psychiatre, psychologue, diététicien ou professionnel spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire.
L’hypnose et l’EMDR s’inscrivent dans cette complémentarité.
L’hypnose permet notamment de travailler sur les automatismes, les sensations corporelles, la régulation émotionnelle, les représentations et certains comportements devenus difficiles à modifier.
L’EMDR permet de travailler sur des expériences, des déclencheurs, des émotions ou des croyances qui restent actives et continuent à alimenter certaines réactions présentes.
📌 L’objectif n’est pas de faire de l’hypnose ou de l’EMDR un traitement isolé de toute difficulté alimentaire. Il est de déterminer ce qui relève de ces approches et ce qui nécessite une prise en charge médicale, psychologique ou nutritionnelle complémentaire.
Consulter, ce n’est pas forcément venir avec un objectif de poids
C’est un point important pour terminer cette première série.
On peut demander de l’aide parce que l’on souhaite perdre du poids. Mais on peut aussi consulter parce que l’on en a assez de penser constamment à la nourriture. Parce que les compulsions deviennent épuisantes. Parce que l’on voudrait retrouver ses sensations. Parce que chaque repas est devenu une négociation. Parce que l’on ne supporte plus le regard que l’on porte sur son corps.
Ou simplement parce que l’on voudrait retrouver davantage de liberté dans sa manière de manger.
📌 Le poids peut faire partie de la demande. Il n’a pas besoin d’en être le centre.
Comprendre avant de chercher à corriger
Au fil de cette première série, nous sommes partis d’une question très simple :
❓ Pourquoi mange-t-on sans avoir faim ?
Et cette question nous a progressivement conduits vers la distinction entre faim physique et envie émotionnelle, la faim et le rassasiement, l’interoception, la volonté, le contrôle, les compulsions, la culpabilité et le regard porté sur le corps.
Ce chemin raconte déjà quelque chose d’important. Un comportement alimentaire ne se résume pas à ce que l’on trouve dans une assiette. Il s’inscrit dans un corps, des émotions, des apprentissages, des habitudes, des expériences et une histoire personnelle.
📌 Comprendre ce que l’on vit ne fait pas disparaître immédiatement une difficulté. En revanche, cette compréhension permet de diminuer le jugement que l’on porte sur soi, de redonner du sens à certains comportements et d’ouvrir la voie à un véritable changement.
Et lorsque ce changement devient difficile à engager seul, demander un accompagnement permet de ne plus avoir à chercher seul comment s’y prendre.
Pour poursuivre...
Découvrir l’accompagnement Alimentation émotionnelle
📖 Retrouver tous les articles de cette première série sur l’alimentation émotionnelle
🎧 Écouter les exercices d’auto-hypnose associés
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À venir : une nouvelle série pour approfondir le rapport à l’alimentation
🖍️ À venir : Peut-on travailler sur son alimentation sans chercher à perdre du poids ?
🖍️ À venir : Alimentation émotionnelle, hyperphagie et boulimie : quelles différences ?
Faire le point sur mon rapport à l’alimentation
Un questionnaire d’auto-évaluation pour prendre du recul sur votre rapport à l’alimentation et repérer les points qui méritent d’être approfondis.
PRENONS LE TEMPS D’EN PARLER
Ce que vous vivez aujourd’hui peut être le point de départ.
Lorsque le rapport à l’alimentation devient source de souffrance, comprendre ce qui entretient certains comportements constitue une première étape.
L’accompagnement permet notamment d’explorer les émotions, les automatismes, les sensations corporelles, les expériences ou les croyances qui restent associés à ces moments.
Nathalie RAVEAUD
Hypnothérapeute et praticienne EMDR à Villeurbanne, j'accompagne les adultes, les adolescents, les enfants et les familles confrontés à des difficultés de vie, qu'il s'agisse de stress, de traumatismes, de phobies, d'addictions, de difficultés émotionnelles ou d'autres problématiques qui limitent aujourd'hui leur liberté.
À travers les Ressources de Féliz', je partage la même démarche que celle qui guide mes accompagnements : comprendre avant d'agir. Parce que mettre du sens sur ce que nous vivons constitue souvent le premier pas vers une transformation durable.







