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Interoception et alimentation : pourquoi est-il parfois si difficile de savoir ce que l’on ressent ?
« Est-ce que j’ai faim ? »
La question semble simple.
Pourtant, certaines personnes y répondent presque immédiatement, tandis que d’autres doivent réfléchir longuement avant de conclure :
💬 « Je ne sais pas vraiment. »
Et si l’on poursuit : « Qu’est-ce que vous ressentez dans votre corps ? », la réponse peut être tout aussi difficile.
Un ventre vide ? Une tension ? De la fatigue ? Une émotion ? Une envie de manger ? Parfois, tout cela semble se mélanger. Parfois encore, on ne ressent presque rien jusqu’au moment où la sensation devient très intense.
Cette capacité à percevoir ce qui se passe à l’intérieur de notre corps porte un nom : l’interoception.
💡 L’interoception nous permet de recevoir et d’interpréter les informations qui viennent de l’intérieur du corps. Elle joue notamment un rôle dans notre manière de percevoir la faim, le rassasiement et la satiété.
L’interoception : sentir ce qui se passe à l’intérieur
À chaque instant, notre corps produit une multitude d’informations.
La respiration change. Le cœur accélère ou ralentit. L’estomac se remplit. Une tension apparaît dans les épaules. La bouche devient sèche. La température corporelle évolue. La vessie se remplit. La fatigue s’installe.
Nous n’avons évidemment pas conscience de tout cela en permanence.
Mais certaines de ces informations deviennent suffisamment perceptibles pour que nous puissions les ressentir et leur donner du sens.
❓ « Qu’est-ce qui se passe en moi ? »
L’interoception participe à cette réponse.
Elle ne concerne donc pas uniquement l’alimentation. Mais dans notre rapport à la nourriture, elle intervient lorsque nous essayons de reconnaître des sensations telles que la faim, le remplissage de l’estomac ou le rassasiement.
Et c’est là que les choses deviennent plus complexes qu’il n’y paraît.
Ressentir une sensation et savoir ce qu’elle signifie sont deux choses différentes
Percevoir quelque chose dans son corps ne signifie pas savoir immédiatement l’interpréter.
🖼️ Imaginez une sensation dans le ventre.
Est-ce de la faim ? Du stress ? Une tension digestive ? De l’excitation ? Une émotion ?
Une même sensation corporelle ne porte pas en elle une signification unique.
📌 Le corps fournit une information ; cette information doit encore être interprétée.
C’est pourquoi deux personnes perçoivent des sensations comparables et les interprètent différemment. Une même sensation prend également un sens différent selon le contexte dans lequel elle apparaît.
Un ventre serré avant un rendez-vous important ne sera pas interprété de la même façon qu’une sensation similaire à l’approche de l’heure du déjeuner.
Le contexte, l’expérience et ce que nous connaissons de nos propres réactions participent à la manière dont nous comprenons ces signaux.
Quand les signaux sont difficiles à percevoir
Chez certaines personnes, les sensations internes sont très présentes. Chez d’autres, elles semblent beaucoup plus discrètes.
On peut alors avoir l’impression de passer rapidement de :
💬 « Je n’ai pas faim. »
à :
💬 « J’ai tellement faim qu’il faut que je mange tout de suite. »
Les étapes intermédiaires existent, mais elles peuvent avoir été peu remarquées.
Il en va de même pour le rassasiement : chez certaines personnes, la sensation devient véritablement évidente lorsqu’elles se sentent très remplies, alors que les signaux plus subtils apparus pendant le repas sont restés en arrière-plan.
Cela ne signifie pas nécessairement que le corps « fonctionne mal ».
💡 Il existe alors un décalage entre les informations produites par le corps et celles auxquelles notre attention donne accès à cet instant.
Nous apprenons aussi à écouter — ou à ignorer — certains signaux
Notre manière de percevoir notre corps se construit également au fil de notre histoire.
Un enfant peut entendre :
💬 « Termine ton assiette. »
💬 « Tu ne peux pas avoir faim, tu viens de manger. »
💬 « Attends le dîner. »
Plus tard apparaissent d’autres règles :
💬 « Je ne dois pas manger entre les repas. »
💬 « Cette quantité devrait me suffire. »
💬 « Si j’ai encore faim, c’est que je manque de volonté. »
Ces phrases ne déterminent évidemment pas à elles seules notre rapport futur aux sensations corporelles. Mais lorsque l’on apprend régulièrement à privilégier une règle extérieure plutôt que ce que l’on ressent, les informations venant du corps occupent progressivement moins de place dans nos décisions.
Les régimes répétés, des horaires contraints, le manque de temps ou l’habitude de manger en faisant autre chose participent également à cette mise à distance des sensations.
Les émotions, elles aussi, se manifestent dans le corps
L’interoception est particulièrement importante lorsque l’on parle d’alimentation émotionnelle, parce que les émotions ne sont pas uniquement des pensées : elles s’accompagnent de manifestations corporelles.
Une gorge se serre, un poids apparaît dans la poitrine, le ventre se noue, une agitation s’installe, le cœur accélère ou une sensation de vide apparaît.
Lorsque ces manifestations sont difficiles à identifier, la nourriture entre dans la séquence sans que l’émotion ait nécessairement été clairement reconnue.
On ne se dit pas : « Je suis anxieux, je vais manger pour m’apaiser. » On ressent une tension diffuse… puis l’envie de manger apparaît.
📌 C’est l’une des raisons pour lesquelles comprendre l’alimentation émotionnelle ne consiste pas uniquement à apprendre à nommer ses émotions. Il faut également apprendre à reconnaître la manière dont elles se manifestent dans le corps.
Quand on ressent au contraire beaucoup de choses
Une difficulté interoceptive ne signifie pas toujours « ne rien sentir ».
Certaines personnes perçoivent au contraire très fortement les variations de leur corps.
Un changement du rythme cardiaque, une sensation digestive ou une tension attire immédiatement leur attention.
La difficulté se situe alors ailleurs : comment interpréter ce signal ?
Une sensation très présente n’est pas forcément une sensation facile à comprendre.
🚨 C’est pourquoi l’objectif n’est pas de devenir toujours plus attentif à chaque mouvement du corps. Une surveillance permanente risque au contraire de devenir inconfortable et de transformer l’écoute en hypervigilance.
Il s’agit davantage de développer progressivement une perception suffisamment souple pour remarquer les informations utiles sans devoir les contrôler.
Peut-on entraîner cette écoute du corps ?
Oui, dans une certaine mesure, et c’est précisément ce que nous avons commencé à faire dans l’article consacré à la faim, au rassasiement et à la satiété.
Prendre quelques instants avant ou après un repas pour se demander :
❓ « Qu’est-ce que je ressens maintenant ? »
est déjà une manière de tourner volontairement l’attention vers les signaux internes.
On peut observer la zone de l’estomac, mais aussi l’énergie générale, les tensions, la respiration ou les sensations qui accompagnent l’envie de manger.
Et surtout, il est possible de commencer sans savoir nommer précisément ce que l’on ressent.
💡 « Je sens quelque chose mais je ne sais pas encore ce que c’est » est déjà une observation interoceptive.
Elle est même parfois plus intéressante qu’une réponse donnée trop rapidement, parce qu’elle laisse une place à l’observation avant l’interprétation.
L’auto-hypnose comme exercice d’attention
C’est aussi là que l’auto-hypnose trouve une place intéressante.
L’hypnose est souvent imaginée comme un état dans lequel on s’éloignerait de ce qui se passe autour de soi ou de son corps. Elle peut pourtant être utilisée dans l’intention inverse : focaliser davantage l’attention sur une expérience intérieure.
Le petit exercice proposé dans l’article précédent utilise précisément ce principe.
Trois respirations. Quelques instants d’attention vers l’intérieur. Puis une question simple :
❓ « Où se situe ma faim, là, maintenant ? »
La jauge de 0 à 10 n’a aucune valeur de mesure objective. Elle fournit simplement un support pour traduire une sensation.
📌 On ne cherche pas à obtenir une réponse juste. On entraîne le mouvement qui consiste à revenir vers soi pour chercher l’information.
Et c’est là que se trouve le petit paradoxe évoqué précédemment : utiliser l’auto-hypnose pour retrouver davantage de pleine conscience de ce qui se passe dans le corps.
L’interoception comme point d’appui en hypnose… et en EMDR
L’attention portée aux sensations corporelles ne constitue pas seulement un support utile en auto-hypnose. Elle constitue également un point d’entrée important dans le travail en EMDR lorsque l’expérience travaillée comporte une activation corporelle.
En EMDR, les sensations présentes dans le corps servent de repères pour identifier ce qui reste actif dans une expérience : une tension, une oppression, un poids, une sensation de vide ou d’agitation. Ces éléments corporels sont intégrés au travail réalisé avec les stimulations bilatérales alternées.
📌 C’est aussi pour cette raison que l’interoception a une place particulière dans l’accompagnement de certaines difficultés liées au rapport à l’alimentation : le corps donne accès à ce qui reste émotionnellement actif, y compris lorsque les mots sont encore difficiles à trouver.
Apprendre progressivement son propre langage corporel
Retrouver ses sensations ne signifie donc pas découvrir un dictionnaire universel dans lequel chaque signal aurait une signification précise.
Votre faim ne ressemble pas nécessairement à celle d’une autre personne.
Votre stress peut se manifester dans le ventre alors qu’une autre personne le ressent principalement dans la poitrine.
Et une même sensation change de sens selon les circonstances.
L’enjeu consiste davantage à devenir progressivement familier avec son propre fonctionnement.
💬 « Quand ma faim commence, je remarque souvent cette sensation-là. »
💬 « Lorsque je suis très tendu, mon ventre se manifeste de cette manière. »
💬 « Quand je commence à être rassasié, je remarque que mon envie de continuer diminue avant même de me sentir plein. »
Petit à petit, les sensations deviennent moins étrangères.
📌 Écouter son corps, ce n’est pas lui demander de nous donner des réponses parfaites. C’est apprendre progressivement à reconnaître les informations qu’il nous donne déjà.
Et lorsque l’on commence à mieux distinguer ces informations, il devient également plus facile de comprendre pourquoi, dans certaines situations, la volonté seule ne suffit pas à modifier notre manière de manger.
Pour poursuivre...
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📕Déjà disponible : Alimentation émotionnelle : pourquoi mange-t-on sans avoir faim ?
📕 Déjà disponible : Faim physique ou envie émotionnelle : comment reconnaître ce qui se passe ?
📕 Déjà disponible : Faim, rassasiement et satiété : comment retrouver ses repères corporels ?
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PRENONS LE TEMPS D’EN PARLER
Ce que vous vivez aujourd’hui peut être le point de départ.
Lorsque le rapport à l’alimentation devient source de souffrance, comprendre ce qui entretient certains comportements constitue une première étape.
L’accompagnement permet notamment d’explorer les émotions, les automatismes, les sensations corporelles, les expériences ou les croyances qui restent associés à ces moments.
Nathalie RAVEAUD
Hypnothérapeute et praticienne EMDR à Villeurbanne, j'accompagne les adultes, les adolescents, les enfants et les familles confrontés à des difficultés de vie, qu'il s'agisse de stress, de traumatismes, de phobies, d'addictions, de difficultés émotionnelles ou d'autres problématiques qui limitent aujourd'hui leur liberté.
À travers les Ressources de Féliz', je partage la même démarche que celle qui guide mes accompagnements : comprendre avant d'agir. Parce que mettre du sens sur ce que nous vivons constitue souvent le premier pas vers une transformation durable.







