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Pourquoi la volonté ne suffit-elle pas toujours face à l’alimentation émotionnelle ?
Vous aviez décidé que cette fois, vous ne grignoteriez pas. La journée se passe plutôt bien, puis arrive une contrariété, une fatigue importante, une soirée un peu vide ou simplement ce moment de la journée où l’envie apparaît presque toujours. Vous mangez, et très rapidement une conclusion s’impose :
💬 « Je manque vraiment de volonté. »
Cette explication paraît logique. Après tout, vous saviez ce que vous vouliez faire et vous avez fait autre chose. Pourtant, savoir ce que l’on voudrait faire et parvenir à le faire dans certaines situations sont deux choses différentes.
📌 Lorsqu’un comportement alimentaire remplit une fonction — apaiser, réconforter, stimuler, créer une pause ou détourner momentanément l’attention — la volonté doit composer avec une réponse qui s’est construite à travers l’expérience et qui, lorsqu’elle a été répétée, devient familière.
La question devient alors moins « Pourquoi est-ce que je manque de volonté ? » que :
❓ Qu’est-ce qui rend ce comportement si difficile à interrompre à ce moment précis ?
La volonté existe… mais elle n’agit jamais seule
Dire que la volonté ne suffit pas ne signifie pas qu’elle ne sert à rien. Nous utilisons constamment notre capacité à faire des choix, à différer certaines envies ou à modifier nos habitudes. Mais cette capacité s’exerce toujours dans un contexte. Prendre une décision lorsque l’on est reposé et disponible n’est pas la même chose que devoir interrompre un automatisme lorsque l’on est épuisé, stressé, contrarié ou confronté à une envie intense.
💬 « Toute la journée, ça va. C’est le soir que ça devient compliqué. »
Ce n’est pas parce que la volonté disparaît mystérieusement à 20 heures. La personne qui arrive le soir a traversé une journée entière, avec ce qu’elle a demandé d’attention, de décisions, de contraintes, d’émotions et parfois de contrôle. La fatigue, la tension accumulée et la diminution de la disponibilité modifient les conditions dans lesquelles elle doit faire face à l’envie.
💡 Un comportement n’est donc pas difficile à interrompre uniquement parce que l’envie est forte. Il l’est aussi parce que nous ne disposons pas, à chaque instant, des mêmes ressources pour y répondre autrement.
Lorsque manger a déjà montré que cela « fonctionne »
Reprenons une situation simple. Une journée difficile se termine, vous êtes tendu et vous mangez quelque chose que vous aimez. Pendant quelques minutes, la tension diminue, vous éprouvez du plaisir et votre attention se déplace.
Le lendemain, vous ne vous dites évidemment pas : « Hier, cette stratégie de régulation émotionnelle s’est révélée efficace ; je vais donc la reproduire. » Pourtant, une association s’est créée : dans cette situation, manger a modifié votre état intérieur.
C’est ainsi qu’un apprentissage se construit.
📌 Un comportement qui procure régulièrement du soulagement, du plaisir ou une modification rapide de l’état intérieur a de bonnes raisons de se répéter.
À force de répétitions, certaines associations deviennent familières : le stress appelle la nourriture puis l’apaisement ; l’ennui trouve une stimulation ; la fatigue, du réconfort ; la frustration, une forme de récompense. Ces associations ne résultent pas d’une décision consciente. Elles se construisent progressivement à travers l’expérience et participent à l’installation de l’automatisme.
Quand le comportement commence avant la réflexion
C’est aussi ce qui explique cette impression parfois étrange de se retrouver devant un placard ou un plan de travail sans avoir véritablement décidé d’y aller. Une grande partie de nos comportements quotidiens repose sur des automatismes : nous n’avons pas besoin de réfléchir consciemment à chaque étape pour accomplir une action devenue familière.
Dans l’alimentation émotionnelle, certains contextes deviennent progressivement des déclencheurs : une heure, un lieu, une activité, une émotion, la fin d’une journée ou même une pensée. À force d’être répétée dans un même contexte, la séquence devient familière et s’engage avant qu’une véritable délibération consciente ait eu lieu.
Le geste n’arrive donc pas nécessairement après une décision clairement formulée. Le contexte est reconnu, l’association est activée et le comportement commence à s’organiser.
🚨 C’est précisément là que la consigne « la prochaine fois, il suffit que je résiste » montre ses limites : lorsque la volonté intervient, une partie de la séquence est déjà engagée.
Cela ne signifie pas que le comportement est inévitable. Cela signifie que l’interrompre demande autre chose que la seule répétition d’une consigne consciente.
Le contrôle fonctionne… jusqu’au moment où il devient lui-même une partie du problème
Face à cela, une stratégie paraît évidente : renforcer le contrôle. On supprime certains aliments, on s’impose des règles, on prévoit exactement ce que l’on mangera ou l’on se promet de ne plus grignoter. Et le contrôle fonctionne : une règle claire permet d’organiser son comportement et de tenir à distance certaines situations.
La difficulté apparaît lorsque ce contrôle devient rigide. L’écart n’est alors plus vécu comme un simple écart : il devient une rupture de la règle. L’aliment consommé n’est plus seulement un aliment ; il devient la preuve que ce qui avait été décidé n’a pas été respecté.
💬 « J’avais décidé de ne pas en manger. J’en ai pris un. Tant pis, maintenant c’est foutu. »
📌 Plus la règle est rigide, plus sa transgression prend de poids.
C’est à cet endroit que le contrôle destiné à empêcher le comportement commence à participer au mécanisme qui l’entretient. L’écart devient « craquage », le craquage alimente la culpabilité et la culpabilité conduit à vouloir reprendre davantage de contrôle.
C’est le cercle contrôle – craquage – culpabilité, auquel nous consacrerons l’article suivant.
La culpabilité donne l’impression qu’elle va aider
Après avoir mangé davantage que prévu, la culpabilité semble presque utile : si l’on s’en veut suffisamment, peut-être que l’on recommencera moins facilement.
Pourtant, elle peut produire l’effet inverse.
Lorsque l’épisode est interprété comme la preuve d’un manque de volonté, la réponse consiste souvent à renforcer encore les règles : demain, on fera plus attention, on compensera, on supprimera les écarts, on reprendra le contrôle.
Le problème est que l’on revient ainsi au contrôle sans avoir compris ce qui a déclenché le comportement. Si la même situation émotionnelle se reproduit, ce à quoi la nourriture répondait est toujours là.
La culpabilité ajoute alors une difficulté supplémentaire : au comportement alimentaire viennent s’ajouter le jugement porté sur soi et la conviction de ne pas avoir été « assez fort ».
Comprendre la fonction avant de chercher à supprimer la réponse
Imaginons que manger soit devenu votre manière la plus rapide de créer une pause après une journée éprouvante. Décider de ne plus manger à ce moment-là agit sur le comportement. Cela ne supprime pas le besoin de pause.
Si la nourriture vous apaise, son interdiction ne fait pas disparaître la tension. Si elle apporte du plaisir dans une journée qui en contient peu, la retirer ne crée pas davantage de plaisir. Si elle permet de détourner momentanément l’attention d’une émotion difficile, résister à l’envie ne transforme pas cette émotion.
C’est là que la question change.
Il ne s’agit plus uniquement de savoir :
« Comment faire pour ne pas manger ? »
mais aussi :
❓ « Qu’est-ce que manger change pour moi à ce moment-là ? »
💡 Changer durablement un comportement demande de comprendre ce qu’il permet de faire, de ressentir ou d’éviter avant de chercher uniquement à l’empêcher.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait systématiquement remplacer un aliment par une technique de respiration, une promenade ou une tisane. Chercher immédiatement un comportement de substitution risquerait d’ailleurs de reproduire la même logique : faire disparaître la réponse sans comprendre ce qui l’a rendue nécessaire.
Il s’agit d’abord d’identifier ce qui se joue à ce moment précis.
Créer un espace entre l’envie et la réponse
C’est ici que les exercices proposés dans les articles précédents prennent tout leur sens. Apprendre à reconnaître une sensation, observer son niveau de faim ou identifier ce qui se passe dans le corps introduit un espace d’observation dans une séquence jusque-là automatique.
Une envie apparaît. Avant de chercher à l’empêcher, on observe ce qui est là : la faim, une tension, de la fatigue, une recherche de plaisir, une agitation, une sensation de vide, ou simplement un changement intérieur que l’on ne sait pas encore nommer.
Ce temps d’observation ne constitue pas une nouvelle règle alimentaire. Il ne dit ni de manger, ni de ne pas manger.
📌 Il permet à ce qui était automatique de devenir observable.
Et c’est une différence essentielle.
Lorsqu’un comportement devient observable, on commence à percevoir ce qui le précède, ce qui l’accompagne et ce qu’il produit. Le changement ne porte alors plus uniquement sur le dernier geste de la séquence — manger ou ne pas manger — mais sur l’ensemble du mécanisme qui conduit jusqu’à lui.
Et lorsque l’on comprend… mais que le comportement reste là ?
Comprendre que l’on mange davantage lorsque l’on est stressé ne suffit pas nécessairement à modifier ce comportement. On peut parfaitement identifier le déclencheur, comprendre le mécanisme et continuer à reproduire la même réponse.
La compréhension intellectuelle est précieuse, mais comprendre un automatisme et le modifier ne sont pas une seule et même chose.
Une réponse répétée s’est construite à travers des expériences, des émotions, des sensations corporelles, des associations et parfois certaines croyances. Savoir pourquoi elle existe constitue une étape. Travailler sur ce qui continue à l’activer en constitue une autre.
C’est là que l’accompagnement thérapeutique prend une autre dimension.
En hypnose, le travail s’intéresse notamment aux automatismes, aux sensations, aux représentations, aux ressources disponibles et à la possibilité d’expérimenter intérieurement d’autres réponses.
En EMDR, lorsque des expériences, des émotions ou des croyances restent actives et participent au comportement actuel, le travail porte sur ce qui continue à se réactiver aujourd’hui, plutôt que sur le seul comportement alimentaire.
📌 L’objectif n’est alors plus de renforcer la volonté, mais de travailler sur ce qui oblige précisément la volonté à lutter autant.
De « résister davantage » à « comprendre davantage »
La volonté participe au changement. Mais lorsqu’elle devient l’unique stratégie, chaque difficulté finit par être interprétée comme un échec personnel.
Or une envie de manger ne naît pas d’un seul facteur. La faim, les habitudes, les émotions, les sensations corporelles, le contexte, les apprentissages passés et le plaisir participent tous à notre comportement alimentaire.
Réduire cette complexité à « je devrais simplement être plus fort » revient à demander à une seule ressource de répondre à tout un ensemble de mécanismes.
💡 Comprendre ce qui entretient un comportement ne retire rien à la possibilité d’agir. Au contraire : cela permet d’identifier davantage d’endroits où agir.
Il ne s’agit donc pas de renoncer à la volonté. Il s’agit de cesser de lui demander de tout faire toute seule.
Et parmi les mécanismes qui méritent particulièrement d’être compris, il en existe un très fréquent : celui où l’on cherche à contrôler toujours davantage son alimentation… jusqu’au moment où le contrôle cède.
C’est ce cercle contrôle, craquage, culpabilité que nous allons explorer ensuite.
Pour poursuivre...
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📕Déjà disponible : Alimentation émotionnelle : pourquoi mange-t-on sans avoir faim ?
📕 Déjà disponible : Faim physique ou envie émotionnelle : comment reconnaître ce qui se passe ?
📕 Déjà disponible : Faim, rassasiement et satiété : comment retrouver ses repères corporels ?
📕 Déjà disponible : Interoception et alimentation : pourquoi est-il parfois si difficile de savoir ce que l’on ressent ?
📕 Déjà disponible : Pourquoi la volonté ne suffit-elle pas toujours face à l’alimentation émotionnelle ?
🖍️ À venir : Contrôle, craquage, culpabilité : comprendre le cercle qui entretient la difficulté
🖍️ À venir : Compulsions alimentaires : que se passe-t-il lorsque l’envie devient difficile à interrompre ?
🖍️ À venir : Image corporelle, honte et alimentation : quand le regard sur soi entretient la difficulté
🖍️ À venir : Quand consulter pour son rapport à l’alimentation ?
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PRENONS LE TEMPS D’EN PARLER
Ce que vous vivez aujourd’hui peut être le point de départ.
Lorsque le rapport à l’alimentation devient source de souffrance, comprendre ce qui entretient certains comportements constitue une première étape.
L’accompagnement permet notamment d’explorer les émotions, les automatismes, les sensations corporelles, les expériences ou les croyances qui restent associés à ces moments.
Nathalie RAVEAUD
Hypnothérapeute et praticienne EMDR à Villeurbanne, j'accompagne les adultes, les adolescents, les enfants et les familles confrontés à des difficultés de vie, qu'il s'agisse de stress, de traumatismes, de phobies, d'addictions, de difficultés émotionnelles ou d'autres problématiques qui limitent aujourd'hui leur liberté.
À travers les Ressources de Féliz', je partage la même démarche que celle qui guide mes accompagnements : comprendre avant d'agir. Parce que mettre du sens sur ce que nous vivons constitue souvent le premier pas vers une transformation durable.







