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Image corporelle, honte et alimentation : quand le regard sur soi entretient la difficulté
Jusqu’ici, nous avons beaucoup parlé du corps comme d’un corps que l’on ressent : la faim, le rassasiement, la satiété, les tensions qui accompagnent une envie ou encore les sensations qui permettent de reconnaître ce qui se passe intérieurement.
Mais notre rapport à l’alimentation se construit aussi avec un autre corps : celui que l’on regarde. Celui que l’on découvre dans un miroir, que l’on habille le matin, que l’on compare parfois à celui des autres. Celui dont on imagine le regard qu’il attire. Celui que l’on peut apprécier, tolérer, surveiller, critiquer ou chercher à transformer.
Et lorsque ce regard devient particulièrement sévère, l’alimentation devient progressivement l’un des endroits où se joue cette relation au corps.
📌 On ne mange pas seulement avec un corps qui ressent. On mange aussi avec l’image que l’on a de ce corps et avec tout ce que l’on a appris à penser de lui.
L’image corporelle ne correspond pas seulement à ce que l’on voit dans le miroir
Lorsque l’on parle d’image corporelle, on pense facilement à l’apparence physique : « Est-ce que j’aime mon corps ? », « Est-ce que je me trouve gros ou mince ? », « Est-ce que j’aime mon ventre, mes jambes, mes bras ? »
Mais l’image corporelle est plus large. Elle comprend la manière dont on perçoit son corps, les pensées et les émotions qu’il suscite, l’importance que l’on accorde à son apparence et les comportements qui découlent de ce regard.
Deux personnes ayant des morphologies proches peuvent ainsi entretenir une relation très différente avec leur corps. L’une peut lui accorder relativement peu de place dans l’évaluation qu’elle fait d’elle-même, tandis que l’autre peut vivre chaque variation de poids, chaque vêtement devenu plus ajusté ou chaque photographie comme une remise en question beaucoup plus globale.
💡 Le corps n’est alors plus seulement regardé. Il devient évalué. Et lorsque sa valeur se confond avec celle de la personne, c’est la personne tout entière qui finit par être évaluée à travers lui.
Quand « je n’aime pas mon ventre » devient « je ne m’aime pas »
Il existe une différence considérable entre ne pas apprécier une partie de son corps et faire de cette partie du corps une preuve de sa propre valeur. Pourtant, le glissement peut être discret.
« Mon ventre me gêne dans ce pantalon » peut devenir « je déteste mon ventre », puis « je me suis encore laissé aller » et parfois « je suis incapable de prendre soin de moi ». Le constat physique s’est transformé en jugement personnel.
📌 Lorsque l’apparence corporelle devient un critère de valeur personnelle, une insatisfaction physique ne concerne plus seulement une partie du corps : elle atteint l’évaluation que la personne fait d’elle-même.
Et c’est précisément à cet endroit que la honte peut apparaître.
La honte ne dit pas seulement « je n’aime pas mon corps »
La culpabilité et la honte sont proches, mais elles ne racontent pas exactement la même chose. La culpabilité concerne davantage ce que l’on estime avoir fait : « je n’aurais pas dû manger cela », « j’ai encore craqué », « je n’ai pas respecté ce que j’avais décidé ».
La honte va plus loin. Elle touche davantage à ce que l’on pense être.
💬 « Je suis dégoûtant. »
💬 « Je n’ai aucune volonté. »
💬 « Si les autres me voyaient vraiment… »
💬 « Je devrais avoir honte de m’être laissé aller comme ça. »
La nourriture, le poids et le corps deviennent alors les supports d’un jugement identitaire.
🚨 On ne se reproche plus seulement un comportement. On utilise ce comportement ou son apparence pour se définir soi-même.
Le regard sur le corps se construit aussi dans le regard des autres
Personne ne développe son rapport au corps dans un espace totalement neutre. Il se construit avec les remarques entendues dans l’enfance, les commentaires familiaux sur le poids, les comparaisons, les moqueries, les expériences de rejet, les normes esthétiques et les représentations sociales auxquelles nous sommes exposés.
Certaines phrases restent longtemps présentes : « Tu as encore repris ? », « Tu serais tellement mieux avec quelques kilos en moins », « Fais attention, tu vas grossir ». Elles peuvent avoir été prononcées une fois ou répétées pendant des années. Elles peuvent aussi avoir été adressées à quelqu’un d’autre et pourtant participer à ce que l’enfant comprend : certains corps sont valorisés, d’autres commentés ; certaines silhouettes sont associées au contrôle et d’autres au laisser-aller.
À force d’être entendu, observé ou anticipé, le regard extérieur s’intériorise. Il n’est alors plus nécessaire que quelqu’un fasse la remarque : la personne a appris à se la faire elle-même.
Quand le miroir devient un lieu d’évaluation
Se regarder dans un miroir paraît être un acte très simple. Pourtant, lorsque l’image corporelle est devenue une source importante de préoccupation, le miroir peut servir moins à se voir qu’à se contrôler.
On observe une zone précise. On vérifie son ventre de profil. On compare avec la veille. On cherche si quelque chose a changé. On tire sur un vêtement. On pince une partie du corps. On se rapproche ou l’on s’éloigne pour évaluer ce que l’on voit.
À l’inverse, certaines personnes évitent leur reflet, les photographies ou certains vêtements parce que regarder leur corps déclenche immédiatement des pensées douloureuses. Ces comportements semblent opposés — regarder beaucoup ou éviter de regarder — mais ils témoignent tous deux de la place prise par l’apparence dans l’attention.
📌 Lorsque le corps devient un objet de surveillance permanente, il devient plus difficile de simplement l’habiter.
Et cette distinction entre habiter son corps et observer son corps de l’extérieur rejoint directement ce que nous avons travaillé autour de l’interoception.
Plus on surveille son corps, moins on écoute nécessairement ce qu’il dit
C’est un paradoxe important. Une personne peut être extrêmement attentive à son corps tout en étant peu connectée à ses sensations corporelles.
Elle peut connaître précisément son poids, observer chaque variation de silhouette, surveiller la manière dont ses vêtements tombent sur elle et pourtant avoir beaucoup de difficultés à reconnaître sa faim ou son rassasiement. L’attention est bien dirigée vers le corps, mais elle ne va pas dans la même direction.
D’un côté : « Comment est-ce que mon corps apparaît ? »
De l’autre : « Qu’est-ce que mon corps me fait ressentir ? »
💡 Passer progressivement du corps observé au corps ressenti redonne une place aux informations corporelles qui ne concernent ni l’apparence ni l’évaluation.
Il ne s’agit pas de cesser de se regarder ni de devoir aimer chaque partie de son corps. Il s’agit de redonner au corps d’autres fonctions que celle d’être évalué.
La honte corporelle peut alimenter ce qu’elle cherche précisément à empêcher
Lorsque l’on souffre de son poids ou de son apparence, se critiquer peut donner l’impression de maintenir une forme d’exigence.
💬 « Si je commence à accepter mon corps, je vais me laisser aller. »
Cette croyance est importante parce qu’elle transforme l’insatisfaction en outil de contrôle : il faudrait continuer à ne pas aimer son corps pour conserver la motivation nécessaire à le changer.
Pourtant, la honte génère elle-même de la détresse émotionnelle. Et lorsque la nourriture constitue déjà un moyen d’apaiser une tension, de se réconforter ou de modifier rapidement son état intérieur, cette détresse alimente à son tour le comportement alimentaire.
Je mange pour réguler ce que je ressens
↓
Je me reproche d’avoir mangé
↓
Je critique mon corps
↓
J’éprouve de la honte
↓
Cette honte augmente la détresse émotionnelle
↓
La nourriture reste disponible comme moyen de régulation
📌 La honte corporelle contribue ainsi à entretenir le comportement alimentaire qui devient ensuite une nouvelle source de honte.
Accepter son corps ne signifie pas renoncer à vouloir qu’il change
C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes autour de l’acceptation corporelle. On peut souhaiter perdre du poids, retrouver de la mobilité, améliorer certains paramètres de santé, modifier sa silhouette ou simplement se sentir autrement dans ses vêtements sans avoir besoin de se maltraiter intérieurement pour avancer.
De la même manière, accepter la réalité de son corps aujourd’hui ne signifie pas décider qu’il devra rester identique demain. L’acceptation consiste d’abord à reconnaître la réalité présente sans faire du rejet de soi une condition préalable au changement.
💡 On peut vouloir prendre soin d’un corps que l’on souhaite voir évoluer. Le rejet de soi n’est pas une condition nécessaire au changement.
Cette distinction est particulièrement importante lorsque le travail sur l’alimentation s’accompagne d’un objectif de perte de poids. Elle permet de dissocier deux questions qui sont souvent confondues : vouloir que son corps évolue et considérer que sa valeur personnelle dépend de cette évolution.
Travailler sur le regard, mais aussi sur ce qui l’a construit
Lorsque le regard porté sur le corps s’est construit au fil d’expériences répétées de comparaison, de remarques, de rejet ou d’humiliation, se répéter simplement « je dois apprendre à m’aimer » ne suffit pas à modifier ce qui reste émotionnellement actif.
Le problème n’est pas que la personne ignore qu’elle devrait être plus indulgente avec elle-même. Elle peut parfaitement le comprendre et continuer à ressentir la même honte lorsqu’elle se regarde.
L’hypnose permet notamment de travailler sur la relation au corps, les sensations, les représentations de soi et la possibilité de retrouver une expérience corporelle moins exclusivement organisée autour du jugement.
L’EMDR trouve également une place lorsque certaines expériences restent actives : une humiliation, une remarque répétée, une situation de rejet, une expérience de harcèlement ou encore certains souvenirs dans lesquels le corps est devenu associé à la honte.
📌 Lorsque le regard que l’on porte aujourd’hui sur soi continue à être chargé par des expériences passées, travailler sur ces expériences permet d’aller au-delà de la simple volonté de « penser autrement ».
Retrouver un corps qui ne soit pas seulement une image
Travailler sur l’image corporelle n’impose pas d’arriver à cette affirmation : « J’aime mon corps. » Pour certaines personnes, elle sera juste. Pour d’autres, elle pourra sembler inaccessible ou artificielle.
Il existe beaucoup d’étapes entre la honte et l’amour de son corps. Pouvoir le regarder avec moins de jugement. Porter un vêtement sans vérifier constamment ce qu’il dissimule. Entrer dans une pièce sans imaginer immédiatement ce que les autres vont penser de sa silhouette. Reconnaître une sensation agréable. Ressentir sa force, son mouvement ou son confort. Remarquer sa faim sans la considérer comme un ennemi.
Petit à petit, le corps peut redevenir un endroit depuis lequel on vit, et pas uniquement une image que l’on regarde de l’extérieur.
📌 L’objectif n’est pas d’imposer un regard positif sur son corps. Il est de permettre que ce regard prenne moins de place que la vie qui se déroule à travers lui.
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PRENONS LE TEMPS D’EN PARLER
Ce que vous vivez aujourd’hui peut être le point de départ.
Lorsque le rapport à l’alimentation devient source de souffrance, comprendre ce qui entretient certains comportements constitue une première étape.
L’accompagnement permet notamment d’explorer les émotions, les automatismes, les sensations corporelles, les expériences ou les croyances qui restent associés à ces moments.
Nathalie RAVEAUD
Hypnothérapeute et praticienne EMDR à Villeurbanne, j'accompagne les adultes, les adolescents, les enfants et les familles confrontés à des difficultés de vie, qu'il s'agisse de stress, de traumatismes, de phobies, d'addictions, de difficultés émotionnelles ou d'autres problématiques qui limitent aujourd'hui leur liberté.
À travers les Ressources de Féliz', je partage la même démarche que celle qui guide mes accompagnements : comprendre avant d'agir. Parce que mettre du sens sur ce que nous vivons constitue souvent le premier pas vers une transformation durable.







